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Il existe par le Monde, trois montagnes immédiatement reconnaissables. Le Fujiyamma japonais aux pentes douces et au cratère enneigé, le Cervin suisse, pic vertigineux que Gaston Rebuffat le grand alpiniste marseillais décrivait comme un "sublime tas de caillou" et la
Sainte-Victoire. Cette dernière montagne est plus connue pour ses représentations picturales que pour sa propre forme. Il y a là une situation assez extraordinaire car la montagne
Sainte-Victoire se suffit à elle-même par sa beauté, mais investie par la vision des peintres au premier rang desquels il faut signaler Paul Cézanne, la montagne a acquis une identité nouvelle qui transcende son architecture. Le promeneur cherchera en vain tel sentier qu'il emprunte, tel détail que son regard a noté de façon presque inconsciente ou au contraire avec acuité. Le peintre tout à sa recherche gomme les reliefs à sa manière, décrit un autre élan et transfigure un sentiment diffus. L'uvre d'art s'impose sans rendre de compte à personne.
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Passé Subéroque, les marcheurs savent bien qu'une autre montagne se découvre à leurs yeux. A la séduction immédiate (car connotée par les nombreux tableaux de peintres) du versant ouest, se substitue une vision nouvelle. Au premier abord, le versant "de Puyloubier" se distingue par une architecture très différente. Le point culminant de la montagne apparaît comme une grosse bosse un peu pelée. Les pentes vont mourir à l'extrême est par des vallonnements et des ravines qui se reproduisent pour s'éteindre dans une plaine boisée. Les plissements s'affaissent comme des rides et se démarquent des solides piliers de calcaire qui se dressent à intervalles irréguliers. Passant l'angle sud-est de la montagne on ne peut réussir à imaginer ce que Cézanne et ses amis auraient fait de ce versant. Les parois sont imbriquées, les sentiers sont à peine visibles et les tâches de verdure rompent toutes les nuances de calcaires que l'on peut trouver ici. Le "motif" est très changeant, selon qu'on le regarde le matin dès l'aurore avec des nuances roses ou en plein soleil un jour de mistral. Parfois un phénomène météorologique étrange fait apparaître un nuage en rouleau qui lèche la crête sommitale et vient se diluer dans les plaques de calcaire blanc.
Le randonneur, le grimpeur et le peintre examinent la même montagne d'un même regard mais aucun n'y voit la même image. L'un suppute un passage plus ou moins aisé, l'autre imagine des escalades verticales et découpées, l'autre encore scrute la configuration du terrain et les ombres changeantes. |
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Le pic des mouches est un géant débonnaire de 1011 mètres qui abrite Puyloubier. De nombreux sentiers permettent de le rejoindre et comme toujours quand on marche, l'esprit suit un chemin que le marcheur n'avait pas prévu. La marche, qui est sans doute la première activité pratiquée depuis tous les temps sur les flancs de la montagne possède des qualités apaisantes, régénératrices et roboratives. L'inconscient se libère au rythme des pas. Le sentier des plaideurs qui démarre de Vauvenargues, n'est pas sans rappeler la "rampe des commères" de la vallée de la Romanche en Oisans. La marche trouve là une nouvelle fonction propice à l'activité intellectuelle. Les habitants de Puyloubier s'en allaient plaider leur cause par ce sentier et développaient leurs arguments à la force du jarret.
Le corps et l'esprit se retrouvent souvent dans l'action et la contemplation bien méritée après l'effort. Marche, escalade, visite de grotte et, depuis peu, vol en parapente sont les activités sportives que l'on pratique au départ de Puyloubier. Dans tous ces cas et quels que soient le but et l'enjeu de la sortie, on ne peut arriver au point que l'on s'est fixé sans emprunter un de ces sentiers aux traces séculaires. On foule des pieds des sentes ancestrales et on s'imprègne par tous les sens de l'histoire de la montagne. La curiosité et la recherche sont toujours en alerte, la nature changeante du vent et de la lumière font de chaque sortie une nouvelle expérience. Les jeunes élèves de l'école de Puyloubier découvrent la montagne par son socle le plus modeste que les habitants nomment la "colline de l'école". On peut se contenter de regarder la montagne, on peut aussi la découvrir par toutes ses pentes et ses vallons. La végétation méditerranéenne et le calcaire le plus pur y sont également mêlés. Parfois un fossile apparaît et nous rappelle que la mer autrefois était présente. Les sédiments sont toujours là dans les plissements et les replis des failles relevées de calcaire.
Par un regard depuis Puyloubier, on comprend mieux l'histoire de la Montagne. Son apparence au levant comme au couchant permettra de stimuler l'imagination. Il faudra alors y revenir souvent pour de nouvelles découvertes. |
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